La mer, una passion française

March 14th, 2008

Nadia Khouri-Dagher
journaliste

La France, posée comme un immense isthme entre l’Europe du Nord et celle du Sud, et dotée du plus grand espace nautique européen, avec plus de 5 500 kilomètres de côtes, est naturellement tournée vers le monde maritime.

Si le lien organique entre le milieu maritime et la France a pu s’exprimer, aux siècles passés, en une flotte nombreuse de vaisseaux puissants, des comptoirs de commerce maritime sur tous les continents et de nombreux navigateurs partis explorer notre planète, tels Bougainville ou Dumont d’Urville, découvreur de l’Antarctique, cette relation entre la mer et le peuple de France prend aujourd’hui de multiples visages, moins spectaculaires mais toujours significatifs de l’amour des Français pour la mer.

Au cours des XIXe et XXe siècles, grâce aux progrès technologiques et aux avancées sociales, des millions de Français accèdent au monde de la mer. Le chemin de fer facilite le déplacement vers les zones côtières, et les premiers bains de mer et stations balnéaires - Le Touquet, Biarritz, Nice… - naissent au début du xxe siècle. Mais si le Yacht Club de France est créé en 1867, les loisirs nautiques restent encore réservés aux amateurs aisés.

C’est l’institution des congés payés en 1936 qui va permettre à de nombreuses familles de goûter aux plaisirs de la mer. Mais la vraie ruée vers l’or bleu se situe dans les années 1950 à 1970. L’amélioration du niveau de vie des ménages, la généralisation de l’automobile et l’évolution des mœurs - les femmes peuvent se mettre en maillot de bain, alors qu’elles restaient habillées au xixe siècle - vont démocratiser les loisirs nautiques. Les côtes connaissent une explosion immobilière : hôtels, résidences de vacances, villas secondaires et restaurants se multiplient. Aujourd’hui, la mer reste la destination de vacances préférée de deux Français sur trois, et ils vont parfois la chercher à l’étranger.

 

Le succès des sports nautiques

Mais le signe le plus significatif de ces dernières décennies est l’engouement croissant de nos compatriotes pour les sports nautiques. Et d’abord pour la voile. À côté des Glénans - la plus célèbre école de voile en France -, des centaines de clubs de voile ont vu le jour partout sur le littoral, et les centres de vacances pour enfants ou adultes proposent des stages. En 2006, on estime à 4,5 millions le nombre de plaisanciers en France (voiliers et bateaux à moteur confondus) et, malgré la création et l’agrandissement des ports de plaisance, le temps d’attente d’une cale (place au port) peut s’élever à cinq ans, comme à La Baule ou à Saint-Malo (façade atlantique).

Les succès remportés par les sportifs français - Bernard Moitessier, Éric Tabarly, Florence Arthaud, les frères Perron, Isabelle Autissier, et tant d’autres - nourrissent également cette passion populaire. ” Les victoires d’Éric Tabarly dans la Transat en 1964 et de Florence Arthaud dans la Route du Rhum en 1990 ont eu un impact extraordinaire, relève Sylvie David-Rivérieulx, spécialiste passionnée de l’Histoire de la navigation en France et responsable de la communication du musée national de la Marine. Qu’un petit bout de femme, qui n’avait pas trente ans, gagne cette course en multicoque, loin devant les hommes, ça a beaucoup marqué les esprits. “

Outre la voile, les Français s’adonnent désormais, en nombre croissant, à toute la panoplie des sports nautiques : Biarritz accueille chaque année un championnat mondial de surf ; Marseille est un centre internationalement réputé pour l’apprentissage de la plongée sous-marine ; la planche à voile, l’aviron et le kayak de mer comptent aussi des milliers de pratiquants, et quelques champions internationaux. Les retraités qui migrent vers la côte sont de plus en plus nombreux à acquérir un bateau à moteur, pour aller pêcher le bar. Et les cadres stressés se sont entichés ces dernières années de la thalassothérapie (voir Label France n° 54), moyen rapide, quoique coûteux, de se refaire une santé.

“La mer fait rêver… “

L’attrait pour la mer peut être aussi culturel. Les grands rassemblements de voiliers et de navires anciens nés il y a une quinzaine d’années, comme à Douarnenez, à Rouen, à Brest ou à Cannes, attirent des foules. Les aquariums géants, comme ceux du Croisic, de Biarritz, ou, plus encore, de Boulogne-sur-Mer, avec son centre Nausicaä qui a reçu plus de 9 millions de visiteurs depuis sa création il y a quinze ans, offrent le frisson sans le risque, telle la rencontre avec un requin… derrière une vitre !

Mais, à l’heure où la télévision sert de pouls pour analyser les centres d’intérêt des gens, le signe le plus éclatant du goût des Français pour la mer est sa médiatisation. On se souvient de l’audience des émissions de Cousteau ou du feuilleton Les Secrets de la mer Rouge, tiré des récits d’Henry de Monfreid. ” Il y a vingt ans, il n’y avait pas une caméra à bord dans les grandes courses. Aujourd’hui, le journal télévisé du soir s’ouvre sur la Route du Rhum ou le Vendée Globe “, commente Didier Ravon, rédacteur en chef de Voiles et voiliers.

” La télévision a joué un rôle énorme pour développer l’intérêt pour la mer en France. Un magazine comme Thalassa a joué un rôle clé “, estime pour sa part Sylvie David-Rivérieulx. Il est vrai que cette émission, la plus populaire dans le pays, est regardée chaque semaine par plus de 4 millions de personnes. Si l’on demande à Georges Pernoud, son créateur et présentateur, comment il explique le succès de Thalassa, il répond simplement : ” La mer fait rêver… ” Mais il éclaire aussi, indirectement, le désir que celle-ci fait naître, en France mais également ailleurs : ” Le monde de la mer est un monde où les hommes sont passionnés, [...] l’homme n’a pas de branchies ; donc il y a toujours une part de risque. ” Sans aucun doute, ce sont cette passion et ce sens du risque, souvent absents de la vie quotidienne de nos sociétés modernes, qui fascinent et attirent tant dans la mer…

 

Avec l’aimable autorisation de Label France

 
 

La France s’engage pour la planète

March 14th, 2008

Par Mélina Gazsi journaliste

Environnement, climat, biodiversité… Sur tous les continents s’allument des signaux d’alerte. La France est au cour des dispositifs internationaux et européens. Elle vient d’inscrire dans sa Constitution une Charte de l’environnement, consacrant la biodiversité comme un droit et comme un patrimoine collectif. Elle fait aussi de 2005 l’année du développement. Tour d’horizon des engagements et des actions de la France pour sauver la planète.

« Nous sommes sans doute les dernières générations à avoir encore la capacité d’arrêter la destruction du vivant, avant qu’un seuil irréversible n’ait été franchi. » Ainsi s’exprimait le président de la République française, Jacques Chirac, en ouverture de la Conférence scientifique internationale de Paris sur la biodiversité, qui s’est tenue en janvier 2005 à l’Unesco, dans la capitale française, et qui a réuni 2 000 participants en provenance de 100 pays du Sud comme du Nord, des scientifiques bien sûr, mais aussi des décideurs politiques et économiques, et des représentants de la société civile. Tous ont sonné l’alarme. En effet, la disparition de la moitié des espèces vivantes n’est plus un scénario de science-fiction, mais une réalité à l’horizon de 2100. Annoncée dès 2003, lors du sommet du G8 d’Évian, en France, la Conférence s’est conclue par un appel des participants en faveur d’un mécanisme scientifique intergouvernemental permettant de mieux informer les décideurs politiques, comme cela existe pour le climat. Le président de la République a appelé de ses voux la création d’un tel mécanisme, et la France facilitera la mise en ouvre d’un processus de concertation international sur cette question, associant aussi bien les États et les institutions internationales que les milieux scientifiques. La biodiversité, une priorité pour la France. Active, dans le cadre des différents sommets organisés par les Nations unies, la France s’est toujours engagée pleinement sur les plans européen et international, avec la volonté de changer la donne.

La volonté de changer la donne

C’est en 1992, dans la foulée du Sommet de la Terre de Rio de Janeiro, au Brésil, que la France s’engage à propos de la création de trois conventions internationales fondamentales, sur le réchauffement climatique, la désertification et le développement durable. La Convention sur la diversité biologique est alors signée par plus de 150 pays. Le Protocole de Kyoto, conclu en 1997, demande aux pays développés de réduire de 5,2 % en moyenne leurs émissions de gaz à effet de serre au cours de la période 2008-2012. Toutefois, lors de l’entrée en vigueur de ce texte en février 2005, la France précise : « Kyoto n’est qu’un premier pas. » Objectif : « [...] diviser par quatre d’ici à 2 050 les émissions de gaz à effet de serre de l’ensemble des pays développés. » L’annonce du Premier ministre français, Jean-Pierre Raffarin, d’un « Kyoto plus » va dans ce sens. Ce programme devrait comprendre, notamment, la création de deux fonds d’intervention consacrés au développement des zones « Natura 2 000 » pour la préservation de la biodiversité et d’un fonds Carbone pour la réduction des gaz à effet de serre. Institué par une directive européenne, le réseau « Natura 2 000 » compte en France 1 400 sites déjà désignés sur 8 % du territoire français, et 250 doivent suivre.

Cap sur la prévention

La France mène aussi le combat sur le front de la prévention. Après le tsunami en Asie, en décembre 2004, qui a fait 170 000 victimes, le ministre de l’Écologie et du Développement durable, Serge Lepeltier, a conduit, du 18 au 21 janvier 2005, la délégation française à la Conférence mondiale de Kobe, au Japon, sur la prévention des catastrophes naturelles. Une conférence qui s’inscrit dans le cadre de la Stratégie internationale de réduction des catastrophes naturelles, dite de Yokohama, adoptée par les Nations unies en 1994. Le ministre a également porté la proposition française de créer une agence permanente de l’Organisation des Nations unies pour l’environnement, lors d’une session du Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE), réunie à Nairobi, au Kenya, le 22 février 2005. Développer la prise de conscience des enjeux environnementaux, c’est aussi l’un des objectifs de la présence française à l’exposition universelle de 2005, « La sagesse de la nature », organisée de mars à septembre, à Aichi, au Japon. En projetant un film choc sur quatre murs, au pavillon français de l’exposition, notre pays n’a pas manqué de délivrer son message. Sur les menaces qui pèsent sur la planète. Sur son avenir écologique et climatique. Et sur son devenir humain, quand 1 milliard d’hommes, de femmes et d’enfants vivent dans la pauvreté, et que près d’un tiers de ses habitants n’ont pas accès à l’eau potable.

Avec l’aimable autorisation de Label France

Une campagne pour changer d’image

March 14th, 2008

Par Emmanuel Thévenon

Selon le premier Tableau de bord de l’attractivité de la France établi par l’Afii, la France s’est placée au quatrième rang des pays d’accueil des investissements directs étrangers (IDE) entre 2000 et 2003 (16 000 entreprises étrangères installées sur le territoire).

Le déficit d’image de la France tient surtout aux nombreuses idées reçues qui circulent à son égard, souvent sans fondement. Entre 1999 et 2003, par exemple, la France a perdu en moyenne deux fois moins de journées de travail que le Royaume-Uni et sept fois moins que les États-Unis* ! Certes, notre réputation est planétaire dans la gastronomie et l’industrie du luxe, mais, tient aussi à préciser Clara Gaymard, présidente de l’Afii : ” L’essentiel de notre activité porte sur des secteurs à très haute technicité et à très haute valeur ajoutée ” . Peu de gens savent que la France est à la pointe en matière de télécommunications, qu’elle dépose 13 000 nouveaux brevets par an ou qu’elle est à l’origine de 20 % des jeux vidéo diffusés dans le monde.

Bousculer les clichés, tel est le fondement de la campagne de publicité mondiale orchestrée par l’Afii à la demande du gouvernement. Avec un slogan : ” The New France. Where the smart money goes ” , destiné en priorité à convaincre les décideurs économiques. Au cours d’interviews dynamiques, publiées dans les titres les plus influents de la planète, de grands chefs d’entreprise étrangers expliquent l’intérêt de s’installer en France.

Commencée au Japon en octobre 2004, avec le témoignage du président de Toyota, la campagne de presse se poursuit en 2005 dans quatre autres pays (Allemagne, Royaume-Uni, Chine et États-Unis). Les décideurs, les clubs, les institutions de ces États. sont également invités à consulter les exemples concrets, les données chiffrées et les témoignages qui fourmillent dans Le Livre sur l’attractivité . Dans cet ouvrage, ils découvriront combien la France est un pays moderne et accueillant pour les investissements internationaux.

*Bureau international du travail. Moyenne 1999-2003 de jours perdus annuellement pour 1 000 habitants. Pour la France, statistique hors SNCF.

Avec l’aimable autorisation de Label France

Louis Vuitton, cent cinquante ans de passion

March 14th, 2008

En 2004, la première marque de luxe au monde fête ses cent cinquante ans. Au-delà de son savoir-faire et de sa volonté d’innover, c’est sa capacité à conquérir de nouveaux marchés qui explique sa réussite à travers le temps.

Par Alix Alexandre, journaliste

Crises économiques, baisse du tourisme, fléau des contrefaçons… les freins actuels au développement du luxe ne manquent pas, mais aucun ne semble véritablement affecter les résultats de Louis Vuitton et son expansion dans le monde. En cette année anniversaire, la marque qui réalise plus des deux tiers du chiffre d’affaires de LVMH (Louis Vuitton Moët Hennessy) continue d’afficher une réussite exemplaire. Intégrée depuis 1987 dans ce groupe qui représente des griffes dans tous les domaines du luxe (mode, parfum, horlogerie-joaillerie, vins et spiritueux) et se distingue comme le numéro un du secteur, la marque est considérée comme une “locomotive” qui a pris une telle avance sur ses concurrents qu’elle domine le marché et est citée en exemple.

L’avènement du voyage

Tout commence en 1854. Pressentant la place qu’allaient prendre les voyages dans notre société, Louis Vuitton fonde, à Paris, une entreprise éponyme exclusivement dédiée à la fabrication de bagages et d’accessoires liés à ce nouvel art de vivre.

Venu du Jura (est de la France), le jeune homme alors âgé de trente-trois ans a déjà une solide expérience : à quatorze ans, il avait parcouru à pied plus de 400 kilomètres pour “monter à Paris” et devenir apprenti chez un fabricant de malles. La société Louis Vuitton malletier démarre avec un carnet de commandes prestigieux. La grande habileté du travail de ce créateur lui vaut d’être engagé par l’épouse de Napoléon III, l’impératrice Eugénie.

Inventif, il anticipe les besoins d’une clientèle qui vit avec les progrès de son temps et qui profite des nouveaux modes de transport, l’automobile, le bateau et l’avion. Sa première malle est plate - et donc empilable -, et renforcée par des lattes de bois et des rivets en laiton. Elle est parfaitement adaptée aux déplacements en chemin de fer et en steamer (sa toile imperméable fait le bonheur des clients des traversées de l’Atlantique).

C’est l’inauguration, en 1869, du canal de Suez par l’impératrice Eugénie qui permet à la marque d’acquérir une notoriété internationale. Son histoire va se construire autour de personnalités de la haute société : le roi d’Espagne, le grand-duc Nicolas, l’édile de Tokyo, Goto Shojiro, le sultan ottoman Abdülhamid, mais aussi des maharadjahs et le tout-Hollywood, à commencer par l’acteur américain Douglas Fairbanks.

Des concurrents tentent de profiter de cet engouement. Le célèbre “Monogram”, motif stylisé et japonisant de fleurs intégrant les initiales de la marque, est inventé en 1896 par Georges Vuitton, le fils du fondateur, afin de distinguer ses modèles des imitations qui se multiplient. Ironie du sort, c’est aujourd’hui le plus copié au monde.

Un développement fulgurant

L’aventure à l’étranger débute en 1885 avec l’ouverture d’une succursale à Londres. En 1978, Louis Vuitton fait son entrée au Japon et, moins de trente ans plus tard, ce marché clé du luxe (70 % des achats mondiaux sont effectués par la clientèle nippone) représente plus d’un milliard d’euros de chiffre d’affaires. L’archipel est son premier marché et l’engouement pour ses produits est tel que l’on peut véritablement parler de “marque culte”.

A Tokyo, on aime tellement Vuitton que lorsque la griffe a décidé d’ouvrir, en 2002, sa plus grande boutique au monde (un immeuble entier conçu par trois architectes de renommée internationale) sur l’avenue Omotesando, les “Champs-Elysées japonais”, plus d’un millier de personnes ont attendu dans la rue - parfois jusqu’à deux jours, avec un sac de couchage et des vivres - pour être parmi les premières à en franchir le seuil !

Aux Etats-Unis, son deuxième marché, la marque possède 85 boutiques et ses ventes auprès de la clientèle locale ont tellement progressé que les Américains pourraient devenir, d’ici à cinq ans, ses premiers clients.

Présent dans 52 pays avec 322 boutiques, Louis Vuitton n’en accélère pas moins son développement. Fidèle à son esprit de pionnier, la marque a fait son entrée en Chine (1992) et en Inde (2003) avant toutes les autres. C’est l’une des rares, sinon la seule dans le domaine du luxe, à prendre le risque de s’implanter dans de nouveaux territoires, comme le Viêtnam ou l’Afrique du Sud (sa première boutique à Johannesburg sera inaugurée fin octobre 2004).

Elle emploie aujourd’hui dans le monde plus de 10 000 collaborateurs. Louis Vuitton utilise un savoir-faire français unique dans le travail du cuir et la marque est restée fidèle à ce parti pris de qualité. En maroquinerie, elle possède treize ateliers, dont dix en France, deux en Espagne et un en Californie.

Innovation technique et esthétique

L’innovation technique et la recherche de nouvelles formes motivent toujours sa création. Lorsque Louis Vuitton malletier présente ses produits aux Américains en 1898, cette maison a déjà l’image d’un inventeur (une malle-lit est notamment conçue en 1879 pour une exploration au Congo) et d’une griffe attractive qui sait répondre aux désirs des élégantes (en 1875, des penderies de voyage leur sont proposées).

“Incarner l’âme du voyage est toujours un des axes de développement de la marque, souligne Serge Brunschvig, directeur général de Louis Vuitton. L’une des clés de son succès est d’avoir toujours contrôlé sa production et sa distribution”, poursuit-il. Grâce à un réseau constitué de boutiques détenues en propre, pour lesquelles elle a fait appel à des architectes de renommée mondiale, tel que le japonais Jun Aoki, la marque n’a cessé, au fil du temps, d’accroître sa notoriété.

Depuis le tournant opéré en 1998, date de son arrivée sur les podiums des défilés, avec des créations signées Marc Jacobs, ce grand nom de la maroquinerie s’impose partout dans le monde comme une marque de luxe globale - présente dans les secteurs du prêt-à-porter, des chaussures, de l’horlogerie et de la joaillerie - et un acteur de la mode incontournable.

Pour fêter dignement ses cent cinquante ans d’existence, Louis Vuitton va ouvrir, en 2004, pas moins de vingt boutiques dans le monde, dont Shanghai (Chine) et Bombay (Inde). La première inaugurée cette année, et ce n’est sans doute pas le fruit du hasard, fut celle sur la 5 e Avenue de New York. Outre-Atlantique, Louis Vuitton est déjà la première marque européenne.

Avec l’aimable autorisation de Label France

Hédiard, cent cinquante ans de tentations gourmandes

March 14th, 2008

Découvreur de saveurs, Hédiard s’impose depuis cent cinquante ans comme la marque de référence de l’épicerie fine et un symbole du bon goût français.

Par Alix Alexandre, journaliste

C’est Ferdinand Hédiard, fondateur de la maison française du même nom, qui fit goûter à Alexandre Dumas son premier ananas ! Mais avant de séduire et de convaincre l’auteur des Trois Mousquetaires, amateur de bons mots et de savoureux mets, ce fils d’artisans, né en 1832, dut s’armer de courage pour démontrer son bon goût en matière de saveurs inédites.

Il n’a que treize ans lorsqu’il part faire le tour de France en qualité d’apprenti menuisier. Son arrivée dans le port du Havre (Seine-Maritime) changera sa vision du monde. Il est fasciné par les cargaisons exotiques et a, dès lors, une obsession : faire découvrir ces denrées rares aux Parisiens. Il y parviendra à peine neuf ans plus tard. En 1854, en effet, il ouvre son premier magasin parisien qu’il nomme Comptoirs d’épices et de colonies. Les habitants de la capitale comme les touristes se pressent pour admirer et goûter fruits, légumes, thés, cafés, épices et douceurs exotiques…

Depuis cent cinquante ans, les spécialités maison n’ont pas changé mais elles se sont enrichies. Avant de devenir une référence en matière d’épicerie fine, Hédiard s’est installé, en 1880, place de la Madeleine, dans une boutique de 300 mètres carrés qui constitue toujours son vaisseau amiral. Celle-ci multiplie les étalages de confitures naturelles (80 tonnes vendues chaque année), de pâtes de fruits (60 tonnes pour cette spécialité maison introduite par Max Husel, gendre du fondateur), de café (trente-cinq variétés) et de thé (son maître thé est responsable de deux cent quarante variétés et l’auteur de crus uniques).

Quelque six mille références

La force de cette maison, qui dispose en totalité de plus de six mille références, est de proposer des mets en exclusivité et d’exiger une qualité irréprochable pour chaque produit. Au fil des ans, son rayon frais a pris de l’ampleur, notamment dans l’offre de denrées de luxe comme le caviar iranien, dont la marque française est la première importatrice (par sa filiale Anzali). Autant d’atouts pour conquérir la France (deux cent quarante points de vente) et le monde.

Hors de son pays d’origine, l’activité du groupe, qui appartient au promoteur de Monaco Michel Pastor, se concentre sur le Japon, la Corée et le Moyen-Orient. Mais l’année de ses cent cinquante ans devrait accroître sa notoriété “avec le lancement de produits en édition limitée et la parution d’un ouvrage consacré à des recettes élaborées à partir de nos produits”, précise son président Dominique Richard, un Français spécialiste du luxe (il a participé activement au développement international de Christofle, l’entreprise d’orfèvrerie).

Une exposition parisienne sur l’histoire d’Hédiard est également prévue pour l’automne 2004. D’ici là, la maison française aura ouvert ses portes à Moscou (Russie) (premier semestre 2004), à Casablanca (Maroc) et à Dubaï (Emirats arabes unis), tout en renforçant sa présence aux Etats-Unis (le programme d’ouverture de sept nouveaux points de vente stratégiques a démarré en octobre 2003, avec New York et Chicago).

“Notre succès sur les marchés asiatiques est indéniable, souligne Dominique Richard, mais seulement 12 % de notre chiffre d’affaires est réalisé à l’étranger et ce n’est pas suffisant.” Cet univers de douceur n’exclut pas le désir de conquête.


Avec l’aimable autorisation de Label France

Le monde rural se déplace à Paris…

March 14th, 2008

Pour la quarante et unième fois, veaux, vaches, cochons, couvées… se sont installés aux portes de Paris, du 28 février au 7 mars 2004 derniers. Le Salon international de l’agriculture (SIA) attire, chaque année, des centaines de milliers de visiteurs français et étrangers, mais aussi des professionnels de l’élevage et des équipements agricoles. L’édition 2004 a été placée sous le signe des “animaux, des terroirs et des hommes”. Pour le monde rural français, c’est l’occasion de révéler au citadin une activité en perpétuelle évolution et indispensable à la pérennité des villes.

Par Catherine Moncel, journaliste

Alors que les territoires ruraux couvrent plus de 80 % de l’ensemble du territoire national, les actifs agricoles, qui englobent à la fois les secteurs de l’agriculture, de la pêche et de la forêt, ne représentent que 3,6 % de la population active française. Toutefois, la part de l’agriculture représente 21,9 % du chiffre d’affaires de l’industrie française, loin devant le secteur automobile ou l’aéronautique1. On comprend donc mieux les raisons qui motivent les pouvoirs publics français à promouvoir et à développer ce secteur. Car, aujourd’hui, le nombre d’agriculteurs diminue et la désertification des campagnes n’est plus une menace mais une réalité.

Cette année, les pouvoirs publics – et en particulier le ministère de l’Agriculture, de l’Alimentation, de la Pêche et des Affaires rurales (Maapar) – ont profité de l’organisation du SIA pour lancer une vaste campagne d’information et de sensibilisation autour des métiers de l’agriculture. Comment, en effet, susciter de nouvelles vocations et permettre à des jeunes de reprendre des exploitations, tout en luttant contre une baisse de moral observée dans la profession ? En vue de redynamiser ce secteur, certaines professions ont fait l’objet d’une quarantaine de panneaux pédagogiques et de témoignages de professionnels présents sur les stands.

A côté des métiers traditionnels comme ceux d’arboriculteur, de céréalier, de serriste ou d’ostréiculteur (la France est le premier producteur d’huîtres en Europe), d’autres activités se développent et nécessitent, du même coup, de nouvelles formations. Aussi, le Maapar a-t-il choisi de mettre en lumière des professions à l’avenir prometteur et de présenter le cursus à suivre pour devenir, par exemple, logisticien, responsable export, technicien en productique dans le bois et l’ameublement, ou bien fromager, qui, comme son nom ne l’indique pas ici, fait référence au technicien chargé du caillage du lait.

Richesses des terroirs, recherche en matière de plants et de semences, formation à de nouveaux métiers, filière pêche… autant de facettes du secteur français de l’agriculture qui ont été présentées au Salon international.

Une vitrine internationale

D’année en année, le SIA s’enrichit d’une palette colorée de produits, de régions et de paysages. L’édition 2004 – qui a mis à l’honneur la région Poitou-Charentes et la race bovine parthenaise – a accueilli également un stand consacré à la filière pêche et un autre dédié au cheval, à l’âne et au poney. Autre nouveauté, l’installation d’un pôle végétal pour promouvoir l’horticulture, mais aussi les biocarburants, les semences et les plants. On est bien loin du premier concours du bœuf gras, à l’origine de ce rendez-vous parisien. Lancée en 1870 par Napoléon III, à Paris, cette épreuve s’ouvre, vingt ans plus tard, aux produits du terroir et devient le concours général agricole. Il faudra cependant attendre 1963 pour voir naître, sous l’égide du général de Gaulle, le premier Salon de l’agriculture.

Aujourd’hui, la renommée de cette semaine agricole dépasse largement les frontières de la France, et permet à de nombreux professionnels d’y trouver la consécration à travers plusieurs concours. Parmi les grands rendez-vous ont figuré le 11e Congrès mondial des vaches laitières holstein, qui a rassemblé les 100 meilleures prim’holstein du monde, et le Salon professionnel de l’élevage Farmexpo. Principalement orienté vers l’international, ce dernier a organisé des conférences sur l’offre française en animaux d’élevage ou, encore, sur l’avenir de l’exploitation laitière en Europe.

Chaque année, les organisateurs du Salon comptent beaucoup sur la visite de délégations professionnelles étrangères pour étoffer les échanges. L’Onudi2 et l’Adepta3 servent de relais entre exposants et visiteurs français et étrangers. Ces organismes ont également été chargés d’inviter une quarantaine de délégations étrangères intéressées, notamment, par trois activités illustrant le savoir-faire français : la génétique, l’élevage et les équipements de transformation de produits alimentaires (produits laitiers par exemple). Parmi les Etats inscrits sur la liste prioritaire ont figuré, cette année, les pays d’Europe centrale et orientale et du Maghreb, le Brésil, le Mexique, la Chine et les Etats-Unis.

1. La France est, par ailleurs, le premier pays exportateur de produits agricoles et alimentaires de l’Union européenne, depuis 1979, et le deuxième au niveau mondial derrière les Etats-Unis.
2. Onudi : Organisation des Nations unies pour le développement industriel.
3. L’Association pour le développement des échanges des produits et techniques agroalimentaires travaille au SIA sous la tutelle du Maapar et en partenariat avec le ministère des Affaires étrangères. Elle regroupe environ deux cents entreprises françaises.

Passerelles entre le Nord et le Sud

Dans le cadre de la lutte contre la pauvreté en Afrique, l’Adepta a choisi d’exporter le savoir-faire technologique français dans le secteur agricole et agroalimentaire, avec pour objectif de développer l’exportation africaine de produits alimentaires. Dans cette optique, elle a créé Aafex (Association Afrique agro-export) en 2002, qui couvre l’ensemble des pays d’Afrique subsaharienne. Pour prolonger cette action, l’Adepta travaille également sur la mise au point d’un fonds de solidarité prioritaire, en partenariat avec le ministère français des Affaires étrangères. Ce programme, d’une durée de trois ans, vise à faciliter les échanges et à développer la compétitivité des entreprises africaines.

C. M.

 

Le Cirad se penche sur les villes du Sud

Parce que l’urbanisation s’effectue à toute allure dans les pays du Sud, entraînant de profonds changements des modes de vie et de la demande alimentaire, et que de nouveaux systèmes de production agricole et d’élevage se mettent en place, mais également d’autres rapports entre citadins et agriculteurs, le Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement (Cirad) a choisi d’évoquer “l’alimentation des villes du Sud” dans le cadre du SIA 2004. Ce thème transversal a permis à l’organisme scientifique, présent au Salon depuis huit ans, d’illustrer les enjeux de l’alimentation dans les pays du Sud à travers cinq villes : Hanoi (Viêtnam), Belém (Brésil), Dakar (Sénégal), Yaoundé (Cameroun) et Addis-Abeba (Ethiopie).

C. M.

Avec l’aimable autorisation de Label France

 
 

Au pays de l’“or blanc”

March 14th, 2008

Avec le plus grand domaine skiable du monde, la France est le numéro un mondial des sports d’hiver. Ce qui n’empêche pas la montagne française de toujours innover.

Par Emmanuel Thévenon, journaliste

Avec sept massifs (Alpes du Nord, Alpes du Sud, Pyrénées, Massif central, Jura, Vosges et Corse), la montagne couvre environ un cinquième du territoire français (120 000 kilomètres carrés) et jouit d’un bon enneigement. D’où l’idée des pouvoirs publics, à partir des années 1960, d’investir massivement dans l’”or blanc”. Pari réussi : la France occupe aujourd’hui la première place mondiale en matière de sports d’hiver.

Durant la saison 2002-2003, 8 millions de skieurs, dont 2 millions d’étrangers (principalement des Britanniques, des Belges et des Néerlandais) ont été accueillis dans les 357 stations de sports d’hiver françaises, gérées pour la moitié d’entre elles par une structure publique ou parapublique. Près de 4 000 remontées mécaniques les ont hissés au sommet des 8 000 kilomètres de pistes qui sillonnent le plus grand domaine skiable du monde (1 180 kilomètres carrés). Ces skieurs se sont surtout adonnés aux joies du ski alpin, même si le ski nordique (ski de fond) est également bien représenté, et pas seulement sur les massifs de plus faible altitude (Jura, Massif central et Vosges).

Deux millions d’amateurs de ski de fond ont emprunté les 13 000 kilomètres de pistes damées et les 5 700 kilomètres d’itinéraires balisés mis à leur disposition par plus de 800 communes. Au total, l’activité touristique en montagne (été et hiver) a généré un chiffre d’affaires de 9,15 milliards d’euros.

Les champions des équipements de sports d’hiver

Diversité des pistes et des remontées, qualité de la neige, attente limitée au bas des pistes et encadrement compétent sont les principaux atouts de la France, qui glane un quart du marché européen du ski (32 millions de pratiquants sur tout le continent), devant l’Autriche, la Suisse et l’Italie. En dix ans, les profits engendrés par les remontées mécaniques ont crû de 31 %. Centrale dans l’économie montagnarde française, l’entreprise de remontées mécaniques Poma, dont le siège social est situé en Isère, est l’une des plus importantes sociétés de transport par câbles du monde, avec des installations sur les cinq continents.

Le dynamisme de ce secteur conforte aussi le commerce et l’industrie. Les 1 200 magasins de sport implantés dans les stations de montagne ont ainsi réalisé un chiffre d’affaires de 500 millions d’euros en 2002. Ils ont notamment vendu des matériels (skis, bâtons, snowboard, raquettes, chaussures…) signés Salomon, Rossignol ou Dynastar. Les trois marques françaises représentent ensemble plus de la moitié du chiffre d’affaires mondial (1,67 milliard d’euros) des équipements de sports d’hiver et exportent plus de 80 % de leur production.

A noter également l’essor de Sun Valley, installée à la Ciotat (sud de la France). Depuis vingt ans, cette société familiale de vêtements de sport a pris de l’envergure. Elle a su rebondir avec opportunité sur les tendances de la mode, notamment celle des nouvelles “glisses”, qui ont explosé dans les années 1990.

En deux décennies, l’”or blanc” s’est donc affirmé comme une composante essentielle de l’économie des zones de montagnes, en apportant aux populations – les stations emploient 130 000 salariés – d’importantes possibilités de développement. A y regarder de plus près, la réalité est un peu plus complexe. En France, l’économie des sports d’hiver est en effet très concentrée. A eux seuls, les trois départements des Alpes du Nord (Haute-Savoie, Savoie et Isère), temple du ski alpin, représentent plus de 79 % du chiffre d’affaires des remontées mécaniques nationales. Dans les Pyrénées, 6 stations seulement totalisent 80 % des investissements.

De nouveaux espaces pour les amoureux des sports d’hiver à sensation. © DR/SunValley

Des investissements considérables

En ce début de XXIe siècle, et malgré une bonne santé globale, le milieu de la montagne doit faire face à plusieurs défis. L’adaptation au réchauffement de la planète n’est pas le moindre. Moins nombreuses, les chutes de neige se font aussi plus tardives et surviennent de manière anarchique. Cette pénurie pénalise surtout les pratiquants du ski de fond et les petites stations familiales peu élevées en altitude (entre 1 000 et 1 500 mètres), en déficit d’enneigement chronique. Les plus endettées sont appelées à disparaître ou à se reconvertir, en offrant d’autres activités à leurs clients. Nombreuses sont celles qui, potentiellement rentables, sont actuellement reprises par le secteur privé (Rémy-Loisirs, TransMontagne).

Conscientes que le danger pourrait les menacer dans une ou deux décennies, les stations de moyenne altitude (2 000 mètres) investissent massivement dans la neige artificielle. Serre-Chevalier (Hautes-Alpes) s’est doté de 350 canons à neige et l’Alpe-d’Huez de plus de 700. Fixes ou mobiles, ces installations produisent de la neige en pulvérisant de l’eau par temps froid. Mais la ressource étant limitée, cette évolution risque de poser à terme des problèmes d’approvisionnement, notamment en eau potable. Les écologistes craignent aussi les conséquences, pour le moment inconnues, du recours à des additifs chimiques ou bactériens destinés à remonter la température de congélation de l’eau.

Autre tendance : l’interconnexion des domaines skiables, qui permet d’offrir toujours plus de ski avec un minimum de remontées mécaniques. Témoin de cette évolution : le tout nouveau Vanoise Express, le téléphérique le plus important à ce jour, avec ses cabines à étages de 200 passagers ! “Tendue” simplement au-dessus d’une vallée, cette ligne de 1,8 km de longueur parcourue en trois minutes permet de rassembler les deux immenses domaines skiables des Arcs et de La Plagne (Alpes du Nord). Baptisé “Paradiski”, l’ensemble ne totalise pas moins de 420 kilomètres de pistes. Au total, les stations de sports d’hiver ont consacré, en 2002, plus de 200 millions d’euros d’investissement dans leurs domaines skiables, soit près du tiers de leur chiffre d’affaires.

Enfin, le nombre de skieurs français, qui a augmenté régulièrement jusque dans les années 1990, a tendance à stagner. La fréquentation des étrangers régresse également un peu. Les séjours durent moins longtemps qu’auparavant et les visiteurs sont moins attachés à “leur” station. Certains renâclent, jugeant les prix trop élevés, et l’hébergement souvent étroit et impersonnel. Les études montrent qu’une partie de la clientèle est de plus en plus exigeante sur la qualité et le coût des services marchands, mais aussi de plus en plus sensible au “non marchand”.

Tignes. Des installations à la pointe de la technologie. © R. Damoret/REA

Une offre qui s’adapte à de nouvelles exigences

Le milieu de l’”or blanc” tente de répondre à ces aspirations. Les stations ont compris la nécessité de se lancer dans des programmes de réhabilitation de l’immobilier de loisirs : patinoires, centres aquatiques, infrastructures d’accueil pour les enfants, sans oublier les grands-parents (bancs déneigés pour surveiller les petits sur les pistes de luge par exemple)… Certaines stations proposent même des pistes protégées et “réservées” aux familles afin que petits et grands puissent pratiquer tranquillement le ski ensemble. Il s’agit d’élargir la clientèle en suggérant d’autres activités que la glisse : remise en forme, nature, terroir, artisanat, VTT neige, randonnées (avec des accès pour piétons aux remontées)…

Les skieurs ne sont pas oubliés, loin s’en faut. Notamment ceux qui recherchent des sensations nouvelles sans forcément avoir envie de prendre le risque de faire du hors-piste. La création de snowparks, que ce soit aux Arcs ou à Avoriaz au début des années 1990, répondait à l’arrivée en trombe du snowboard. Depuis, Nicolas Mermoud, qui dirige le bureau d’études Sparks, a conçu, pour les Deux-Alpes, un nouveau type de piste : le slide. Il propose, sur 150 hectares, un ensemble de parcours grand public permettant de s’initier à la vitesse, au cross, au saut de barres rocheuses… Un concept qui pourrait bien faire des émules dans toutes les montagnes françaises !

 

La montagne française en chiffres

• Domaines skiables : 357 stations (1 180 kilomètres carrés), dont plus de la moitié est gérée par des structures publiques ou parapubliques.

• Equipements : 4 000 remontées mécaniques, pour 750 millions d’euros de chiffre d’affaires.

• Effectifs : 128 500 salariés (dont 2 500 pisteurs-secouristes et 14 300 moniteurs diplômés).

• Revenus du tourisme de montagne : environ 10 milliards d’euros.

• Pratiquants : 8 millions, dont 2 millions d’étrangers.

Avec l’aimable autorisation de Label France

 
 

Drouot et le renouveau du marché de l’art français

March 14th, 2008

La réforme du statut des commissaires-priseurs en France, entrée en vigueur en juillet 2000, a entraîné une véritable révolution dans l’univers de la vente aux enchères. En ouvrant le marché de l’art français à la concurrence étrangère, elle a provoqué une restructuration financière au sein du célèbre hôtel des ventes de la rue Drouot et redynamisé la place de Paris, l’un des hauts lieux du marché mondial de l’art.

Par Barbara Oudiz, journaliste

L’événement est de taille. Depuis la naissance de leur profession, il y a quatre cent cinquante ans, les commissaires-priseurs, en France, étaient des officiers ministériels nommés par le ministère de la Justice. A ce titre, ils bénéficiaient d’un monopole des ventes sur le marché français. Europe oblige, la loi votée le 10 juillet 2000 a mis fin à cette exclusivité. S’est ensuivi un bouleversement de la donne économique du marché de l’art français. Désormais, les commissaires-priseurs ont l’obligation de transformer leurs études en sociétés commerciales pour ce qui concerne les ventes volontaires (80 % de leur activité, le reste étant constitué de ventes judiciaires). Et, pour la première fois, l’hôtel Drouot, la plus prestigieuse des maisons de ventes aux enchères françaises, s’est trouvé en concurrence, sur son propre territoire, avec les “stars” anglo-saxonnes de la profession, Sotheby’s et Christie’s : Sotheby’s a organisé sa première vente à Paris dès novembre 2001, Christie’s un mois plus tard.

Au mois de novembre 2002, 60 % des commissaires-priseurs de Drouot ont racheté la maison et créé la société Commissaires-priseurs patrimoine (CPP), qui détient 100 % du capital de Drouot holding.

Le groupe est formé de trois outils essentiels : l’hôtel des ventes Drouot Richelieu, dans le IXe arrondissement, qui a ouvert ses portes en 1852 ; la filiale @uctionPress, propriétaire de La Gazette de l’hôtel Drouot, véritable “bible” de la vente aux enchères ; et enfin la société d’expertise Drouot estimations, au service des clients.

Un musée magique

Drouot occupe une place unique dans le monde des enchères. Il constitue le premier marché mondial en termes de volume de marchandises proposées, comme l’explique Thierry Tramblay, galeriste parisien depuis vingt-cinq ans : “La plupart des marchands d’art du monde entier viennent se ravitailler à Paris. A Drouot, les ventes ont lieu avec une régularité et une fréquence qui n’existent nulle part ailleurs.” Souvent décrit comme un “musée magique”, Drouot Richelieu présente, du lundi au samedi, seize salles des ventes remplies d’objets, dont l’éventail de prix va de 50 euros à plus de 2 millions. Tous les ans, 800 000 pièces sont vendues au cours de quelque 2 000 vacations. Le site Drouot Montaigne, inauguré en 1988, propose deux salles consacrées aux ventes de prestige.

Aujourd’hui, le groupe adopte une stratégie de développement. Un projet d’ouverture de quatre nouvelles salles des ventes de prestige au cœur de Paris est à l’étude. La holding affiche aussi sa volonté d’ouvrir les salles de Drouot à des commissaires-priseurs extérieurs, français et étrangers, et d’établir des bureaux dans des villes clés du marché mondial de l’art.

Le bon score de Paris

Le marché “international” de l’art concerne, en réalité, trois pays principaux : les Etats-Unis, la Grande-Bretagne et la France. Depuis une dizaine d’années, il effectue un virage vers l’Europe, où se réalisent désormais 53 % des transactions. La part de marché des Etats-Unis, en 2002, a chuté à 43 %, alors que la Grande-Bretagne et la France progressaient respectivement de 29 % et de 10 %.

Sur le marché parisien, la performance de Drouot laisse ses concurrents loin derrière. En 2002, le produit de ses ventes s’est élevé à 370 millions d’euros, alors que Christie’s a réalisé, à Paris, un score de 57 millions d’euros et Sotheby’s de 50 millions. Au cours des cinq premiers mois de 2003, les ventes organisées par le groupe ont connu une progression spectaculaire de 23 %. Un succès dû, notamment, à des enchères d’exception, dont le dessin de Gauguin, vendu en mars à 1,46 million d’euros, et la collection de l’écrivain surréaliste André Breton, qui a atteint la somme de 46 millions d’euros en avril. “Ce sont des records mondiaux qu’on n’arrivait pas à atteindre sur la place de Paris auparavant. (…) Le marché de l’art est un vrai marché d’amateurs qui cherchent des objets de plus en plus rares et de grande qualité. Moyennant quoi, les prix explosent”, s’exclame maître Georges Delettrez, président de Drouot holding.

Un équilibre délicat

Paris deviendra-t-il la nouvelle plaque tournante du marché international de l’art ? La réponse doit être nuancée. Car la France mène une politique active pour préserver son patrimoine artistique, grâce notamment au droit de préemption. Il s’agit d’une loi qui donne à l’Etat français la faculté de se substituer à l’acquéreur dans une vente : une fois le prix le plus élevé avancé et le mot “adjugé” prononcé par le commissaire-priseur, un représentant de l’Etat déclare la préemption, et l’œuvre devient la propriété d’une institution publique française. Ce mécanisme est le meilleur moyen d’éviter la fuite des œuvres vers l’étranger, car, en France, un objet acquis par un musée est retiré définitivement du marché de l’art.

Ainsi, l’équilibre entre un marché de l’art fluide et les intérêts nationaux est délicat à maintenir. Comme l’explique maître Delettrez, “il faut que les autorités publiques puissent trouver un juste milieu pour ne pas décourager les acheteurs et, en même temps, garder des œuvres majeures en France”. La vente Breton a connu, sur un total de 4 100 lots, 335 préemptions de l’Etat, soit 11,8 millions d’euros, pour une trentaine de musées français. Mais elle a également attiré des visiteurs du monde entier. Un tel exploit financier et médiatique devrait confirmer le regain d’intérêt pour Drouot sur le plan international. Et encourager les maisons de ventes françaises et étrangères, à Paris, à investir encore plus dans des enchères de haut niveau.

 

 

ARTE : dix bougies et un autre souffle en télévision

March 14th, 2008

En un peu plus de dix ans, la chaîne franco-allemande a su affirmer sa différence et trouver un public grâce à sa créativité et à son désir de faire dialoguer les cultures. Diffusée sur le câble en Allemagne et sur le réseau hertzien en France, Arte est également présente dans plus de 100 pays via le satellite.

Par Elodie Maillot, journaliste

Trois regards radicaux, trois échos d’opinons arabes en provenance du Liban, du Qatar, ou de Syrie, c’est une des soirées “Théma” (voir encadré) que propose Arte*, un an après les attentats du 11 septembre 2001. Alors que la plupart des chaînes allemandes et françaises n’ont proposé qu’une lecture occidentale de l’événement, Arte décide de courir le risque d’être à contre-courant, quitte à déranger. Un exemple qui illustre bien la façon dont la chaîne interprète sa mission de “concevoir, réaliser et diffuser des émissions de télévision ayant un caractère culturel et international au sens large, et propres à favoriser la compréhension et le rapprochement des peuples en Europe”.

Cette idée de rapprochement cathodique européen, et surtout franco-allemand, ne date pas d’hier, puisque le général de Gaulle l’avait déjà eue en 1963. Faute de moyens et de fréquences, le projet n’avait pas pu voir le jour. La construction officielle d’Arte remonte, en réalité, à 1988, lorsque le président français François Miterrand et le chancelier allemand Helmut Kohl annoncent que la Sept constituera l’embryon d’une future chaîne européenne. Elle bénéficiera d’abord d’une vitrine sur France 3, puis vivra au rythme des soubresauts audiovisuels des deux pays. Il faudra attendre 1991 pour qu’un groupe d’intérêt économique (GIE) franco-allemand se constitue à Strasbourg, en France, pour administrer la chaîne rebaptisée Arte. Et ce n’est qu’en mai 1992 qu’Arte diffusera ses émissions simultanément en France et en Allemagne, à partir de 17 heures.

Depuis, des accords de coopération ont été signés avec la Suisse, l’Espagne, la Belgique, la Pologne, la Finlande, les Pays-Bas et le Canada. Seules la BBC britannique et la RAI italienne ne sont pas tombées sous le charme culturel d’Arte.

Le défi de l’international

Dotée aujourd’hui d’un budget unique au monde pour une chaîne vouée à la culture (plus de 310 millions d’euros), Arte gagne chaque jour plus de téléspectateurs en Europe, mais aussi au sud de la Méditerranée. Elle arrive ainsi en deuxième position en termes de pénétration des télévisions par satellite au Maghreb et au Proche-Orient, et elle prévoit d’émettre prochainement en castillan sur la péninsule Ibérique et en Amérique latine.

“Après-demain, elle sera bilingue franco-arabe avec des partenaires publics et privés prestigieux. Elle sera peut-être turque, brésilienne, russe et, qui sait, chinoise… Arte peut devenir une référence mondiale aussi forte que l’est CNN dans l’information”, prophétise Michel Anthonioz, directeur général adjoint d’Arte France, dans les pages du quotidien Le Figaro.

Mais l’unique chaîne culturelle internationale n’a pas toujours bénéficié d’une telle reconnaissance. A ses débuts, elle a eu du mal à fidéliser son public. Les premières années ont, en effet, été difficiles et marquées par des critiques. On lui reprochait notamment d’être trop élitiste, et certains annonçaient même sa disparition.

Un des principaux défis pour la chaîne fut de créer des programmes multilingues pouvant être diffusés de la Bretagne à la Bavière. Outre les différences culturelles des téléspectateurs, il faut aussi prendre en considération leur mode de vie. Une spécificité qui se traduit dans la grille des programmes, étant donné la différence d’horaires du prime time en France et en Allemagne. En 1998, le journal, diffusé à 20h30, a été reprogrammé entre 19h50 et 20h15, obéissant ainsi également à la volonté d’Arte d’avoir une programmation décalée par rapport aux autres chaînes.

Le cinéaste italien Nanni Moretti sur le tournage de “Journal intime”, une coproduction Arte France cinéma, Prix de la mise en scène au Festival de Cannes en 1994. D.R.

Pour des raisons liées aux traductions, les journalistes allemands et français présentent alternativement les informations. Arte ne propose pas de talk-shows et, d’une façon générale, aucune vedette n’incarne la chaîne. Elle fonctionne sans paillettes ni grosse tête, mais grâce à une équipe dynamique qui veut rendre à la télévision ses lettres de noblesse culturelles.

Sur Arte, vous ne verrez donc aucun des programmes de télé-réalité tant suivis aujourd’hui en Europe. En revanche, la chaîne a innové en présentant des docus soap, littéralement des “feuilletons documentaires”, où le spectateur entre dans le quotidien d’autrui mais via le montage et le regard d’un réalisateur et non en direct. Le documentaire est un genre largement défendu par Arte, qui lui consacre treize rendez-vous hebdomadaires et soutient plus de cent cinquante productions par an.

La chaîne, lauréate du Prix européen de la culture 2002, privilégie la liberté de création et l’innovation en ce qui concerne les arts visuels, l’architecture, la danse, l’opéra, les arts plastiques (voir la série “Palettes”), le cirque, ou encore la géopolique (avec “Le Dessous des cartes”). Elle est la seule à diffuser ces programmes à des heures de grande écoute.

Arte c’est bien sûr, enfin, le septième art. Depuis sa création, la chaîne est l’une des rares à diffuser, en début de soirée, des films en version originale (plus de 200 langues différentes à ce jour). On compte, chaque semaine, six rendez-vous de cinéma sur la chaîne, qui fait également une place aux films muets. Arte est surtout la seule à initier la production d’œuvres originales commandées autour d’un thème (petites caméras numériques, gauche-droite, histoires de famille des réalisateurs…).

“Treize journées dans la vie de Picasso”, de Pierre Philippe, l’un des 4 000 documentaires diffusés par Arte en dix ans. D.R.

Les arts à l’honneur

C’est ce qui a permis l’émergence d’une “génération Arte” selon Jérôme Clément, président d’Arte France, puisque sa chaîne a fait découvrir au public, sans veiller tard, une pléiade de talents de tous pays (les Français Cyril Collard ou Mathieu Kassovitz, l’Israélien Amos Gitaï ou encore le Mauritanien Abderrahmane Sissako) grâce à “Regards noirs”, une série de six fictions tournées par des Africains et des Antillais.

Renouvellement des talents, contribution à la vitalité du cinéma en Europe et dans d’autres régions du monde et participation à la relance de la création française constituent les objectifs majeurs de la filiale cinéma d’Arte (Arte France cinéma). La chaîne mène, parallèlement, une politique de coproduction et d’achat audacieuse et complémentaire : l’unité Arte cinéma achète, chaque année, près de 60 longs métrages et 70 courts et moyens métrages. Les films qu’elle coproduit font souvent partie des palmarès des festivals internationaux (comme La Pianiste, de Jane Campion, ou Dancer in the Dark, de Lars von Trier).

Aujourd’hui, de nouveaux défis guettent Arte : la future diffusion via un canal numérique hertzien en France 24 heures sur 24, en 2003, les éditions de livres ou de DVD et le développement sur internet, qui permet à Arte d’élargir sa vision de la télévision à… la radio numérique et au multimédia.

* Association relative à la télévision

Avec l’aimable autorisation de Label France